Le monde d’après

Le monde d’après

Grand jeu en ces temps difficiles de coronavirus alias codvid19 : comment allons-nous sortir de la crise ?

Pourquoi cette pandémie ?

La première question est le pourquoi de cette pandémie. Les raisons sont sans doute très nombreuses. Pour l’instant elles sont mal connues (transmission par des animaux à l’origine, capacité du virus à se répandre rapidement ensuite). Beaucoup mettent en cause la pollution de notre planète, la dégradation de notre environnement. C’est sans doute vrai mais je répondrai que la situation sanitaire du monde est sans doute meilleure qu’elle ne l’a jamais été, que l’espérance de vie, même si elle régresse dans certains pays du fait en particulier de mauvaises habitudes alimentaires, est très élevée par rapport à ce qu’elle était et cela est dû à l’hygiène et dans une moindre mesure aux progrès de la médecine.

Une autre raison, qui tient fait partie à mon avis d’un environnement qui favorise la pandémie : la démographie : nous serons très bientôt 8 milliards d’habitants sur cette planète et probablement 9 à 10 milliards dans 20 à 30 ans. Nous étions 1 milliard en 1900, à peine 3 milliards en 1945. De 1960 à 2020 la population de nombreux pays africains a été multipliée par 5. Compensation du déficit de population entrainé par la traite négrière au 17ème et au 18ème siècle. Peut-être. Question : sans être un écolo fanatique, la planète peut-elle supporter une telle population (on remarquera bien sûr au passage qu’un milliard d’individus – européens, américains et quelques asiatiques – il y a peu, en 2000, consommaient, polluaient largement autant que les 5 ou 6 milliards « pauvres »).

Cette croissance démographique se produit dans les régions les plus pauvres : Inde, Afrique subsaharienne. Pour l’instant ce ne sont pas les régions où l’on déplore le plus de décès. Mais la pandémie prive de ressources minimum les plus démunis. Dans ces régions beaucoup achètent le soir leur nourriture avec leur maigre gain du jour. J’ai été frappé par les colonnes d’indiens fuyant à pied la capitale faute de ressources et devant marcher des dizaines de kilomètres pour rentrer chez eux.

Aussi longtemps que les inégalités croîtront, notre monde ne retrouvera pas un équilibre. Henry Ford se vantait de donner à ses employés un salaire leur permettant d’acheter ses voitures et son salaire ne dépassait pas 20 fois celui de ses ouvriers. Dans les années 1980, Jacques Calvet, patron de PSA (il est mort ce 10 Avril) limitait à 40 SMIC son revenu. Aujourd’hui son successeur gagne 10 fois plus sans parler des revenus vertigineux des stars, des sportifs de haut niveau, des grands patrons. Nous avons, y compris en France, une large fraction de la population très pauvre. Exemple extrême plus loin de nous : les immigrés venant du sous-continent indien qui au Qatar construisent les terrains de foot de la prochaine coupe du monde. En temps ordinaire leurs conditions de travail conduisent à des morts nombreuses et violentes. Par des temps de coronavirus ils sont au mieu confinés dans des conditions inacceptables, au pire renvoyés chez eux sans ressources

Il n’y a sans doute pas de lien direct entre la pandémie, la croissance démographique et l’augmentation des inégalités. Mais il faut y réfléchir.

Cette pandémie, est-ce une nouveauté ?

Les chiffres chinois ont sans doute été trompeurs – il y a sans doute eu beaucoup plus de 3000 morts en Chine et cette dissimulation de l’ampleur du désastre humanitaire sera à mettre au débit du régime chinois. Les chiffres dans certains pays occidentaux sont impressionnants mais au 13ème siècle la peste tuait 30 à 40 % de la population dans certaines villes (Marseille) et la grippe espagnole vers 1919 a fait plus de morts que la seconde guerre mondiale (chiffres mal définis, entre 20 et plus de 50 millions de morts. La grippe asiatique au début des années 60, la grippe de Hong Kong en 1968 ont fait des millions de morts (plus de 30 000 morts en France pour la grippe de Hong Kong)

La pandémie actuelle provoquera sans doute des centaines de milliers de morts. Mais les progrès de la médecine et de l’hygiène en ont largement réduit les impacts.

Combien de temps ?

Nul ne sait combien de temps la pandémie durera. Certains parlent de mois, voire d’années, ce qui est peu probable car traitements et vaccins seront disponibles mais plusieurs mois sont sans doute nécessaires pour leur mise au point.

Le dilemme

Le dilemme actuel est simple : réduire le nombre de morts en limitant les dégâts pour l’économie. Dans un premier temps priorité a été donné à la sauvegarde de vies humaines. La population n’aurait pas supporté une autre décision. On voit déjà les violentes critiques, plus ou moins justifiées, qui remontent de partout et qui accusent le gouvernement de ne pas avoir fait son travail. Mais avec une chute du PIB de 5 à 10 %, qui pourrait encore s’aggraver, et que l’on n’a jamais vue à l’époque moderne, les gouvernements s’inquiètent légitimement. En France ce sont des millions de personnes qui perdent tout ou partie de leurs revenus. Le gouvernement s’engage à compenser. C’est nécessaire pour éviter un effondrement de l’économie. Il faut injecter de l’argent pour que les gens – chômeurs, sans activité – continuent à consommer et fassent tourner la machine économique. D’où viendra l’argent ? D’emprunts auprès d’organismes variés, de banques, et in fine en Europe par exemple de la Banque Centrale Européenne. Cette injection d’argent créera-t-elle une inflation insupportable ? Peu probable. La dette devra-t-elle être remboursée ? Sans doute et c’est une nouvelle charge que nous laissons à nos descendants sauf à annuler cette dette.

Le monde d’après

Il y aura sans doute deux étapes :

  • Une étape où il faudra surtout reconstruire, sur un modèle proche de l’avant crise. On ne change pas d’un revers de main le fonctionnement et les objectifs des usines, des administrations. On va continuer à produire des voitures, des avions, des bateaux qui ne seront pas tous électriques et qui continueront à émettre des gaz à effet de serre. On va continuer à construire des bâtiments qui consommeront du ciment, donc de l’énergie et qui émettront sans doute lorsqu’ils seront occupés– au moins un peu – de gaz à effet de serre. Il faudra également produire et transporter une alimentation qui ne pourra pas être immédiatement issue de la culture hydroponique.
  • Dans un deuxième temps on pourra s’interroger en profondeur sur nos modes de production, de transport, d’alimentation. Cela prendra du temps.

On s’extasie à juste titre sur la diminution de la pollution, sur la pureté de l’atmosphère (normal la consommation d’essence et de gazole en France a diminué de près de 80 % ces derniers jours), sur le retour des orques au large de Marseille. La poursuite d’une telle situation règlerait sans doute le problème des gaz à effet de serre et peut être celui du changement climatique. Mais la prolongation de la situation actuelle sur une longue période est sans doute illusoire. Il faut vivre, se nourrir et pour cela travailler, se déplacer

Certes beaucoup peut être fait : réduire les transports maritimes en rapprochant producteurs et consommateurs, en relocalisant certaines productions. Réorganiser progressivement logement et transport local. Mais immédiatement les dilemmes resurgissent : faut-il construire des tours pour limiter l’emprise au sol des logements et éviter le « mitage » des territoires et préserver la biodiversité menacée par les habitats pavillonnaires ? Mais cela signifie une densification de la population donc une facilitation de la propagation des virus.

Beaucoup de difficultés donc. Et sans doute surtout la nécessité de changer profondément nos modes de vie. Cela veut peut-être dire des régimes plus autoritaires

Santé ou emploi ? démocratie ou contrainte ? L’avenir s’annonce complexe.

Jean-Pierre Favennec