Urbanisme et sécurité ( 7 interpellations dans la nuit du 13 au 14 juillet)

53-rocheron.jpgUrbanisme et sécurité

 

Au moment où le débat national concernant la sécurité prend une tournure pas toujours compatible avec notre conception de la République et du « vivre-ensemble », il nous semble important de faire un point sur la gestion rueilloise de ce droit fondamental – vivre en sécurité – que peuvent légitimement revendiquer tous les citoyens.

Des faits préoccupants

Depuis le début de l’année 2010, Rueil-Malmaison émarge régulièrement dans la rubrique « faits divers » des journaux. En dépit des annonces et chiffres publiés par la municipalité en matière de sécurité, les délits spectaculaires se multiplient sur la voie publique et corroborent le témoignage des habitants que nous rencontrons : trafics de stupéfiants, cambriolages, braquages, incivilités répétées,…

L’édition du 15 juillet du « Parisien » notait que, si la nuit redoutée du 13 au 14 juillet s’était bien déroulée dans l’ensemble dans les Hauts-de-Seine, « c’est dans la très résidentielle commune de Rueil-Malmaison que le plus d’interpellations a eu lieu ».

Des orientations nationales aux conséquences locales

Notre commune a la chance de disposer d’effectifs de police nationale importants, ce qui permet une réactivité certaine.

Mais, encore une fois, nous regrettons les orientations prises par le gouvernement depuis 2002, et la disparition de la police de proximité. Celle-ci permettait de mettre en place un vrai dialogue entre la police et les habitants, pouvait promouvoir un climat apaisé sur les quartiers, et n’excluait pas des interventions en cas d’infraction.
L’évolution vers une police de « projection » (des effectifs centralisés intervenant au coup par coup sur les points chauds) a pour conséquence de couper le lien entre les forces de l’ordre et la population.

Des dépenses coûteuses pour une présence clairsemée

Parallèlement, les efforts financiers consentis par la municipalité en matière de sécurité (près de 3,5% du budget), devraient assurer une sécurité optimale sur l’ensemble de la ville. Cependant, les témoignages des habitants confirment une présence trop irrégulière des forces de police municipale sur les quartiers les plus exposés, en particulier au-delà des heures de journée.

Le choix contestable et coûteux d’une vidéosurveillance omniprésente, a été effectué dans notre commune. En plus des 77 caméras déjà installées, 10 supplémentaires sont programmées pour cette année. Ce programme d’investissements pèse sur la ville, tout comme le coût de fonctionnement et d’entretien du dispositif. Par ailleurs, les fonctionnaires alloués au visionnage font défaut sur le terrain.

Une extension de la vidéosurveillance irrationnelle

L’Assemblée nationale s’apprête à voter une 17ème loi depuis 2002 sur la sécurité, laquelle préconise la généralisation de la vidéosurveillance. Pourtant les enquêtes (sérieuses) montrent de biens piètres résultats de ces dispositifs.

La vidéosurveillance peut être utile dans les lieux clos, comme les parkings. En revanche, elle est contestable sur la voie publique, à la fois dans son principe et dans son efficacité. La chambre régionale des comptes de Rhône-Alpes a publié à ce propos un rapport exhaustif et révélateur. On y apprend, par exemple, qu’à Lyon (des communes de gauche cèdent aussi à la vogue des caméras…), ville pourtant dotée de 238 caméras, la délinquance de voie publique a moins baissé qu’à Villeurbanne, qui n’a pas investi dans ce domaine.

En Grande-Bretagne, pays le plus équipé, toutes les études menées depuis 10 ans aboutissent au même constat : les caméras n’ont pas d’effet dissuasif dans la rue, aucun impact sur les agressions, et très peu sur les vols sans violences…

La présence humaine sur le terrain (policiers, éducateurs,…) demeure donc irremplaçable.

Favoriser l’échange, le sentiment de « l’être-ensemble »

Les dispositifs visant, entre autres, à exclure ceux qui ne répondent pas à la vocation du lieu, se sont multipliés ces dernières années (grilles, barrières, murs, codes, etc.), et Rueil ne fait pas exception. Parallèlement, se diffusent aussi des usages des espaces publics de plus en plus individualisés, ce qui efface toute conscience de « l’être-ensemble » et modifie le rapport des citadins à leur espace et entre eux. Il en résulte une réduction des opportunités de rencontres fortuites, d’étonnement, et également une réduction de la participation citoyenne.

Il est donc nécessaire de promouvoir une architecture qui réponde à la demande sociale ; faire de l’architecture ne signifie pas seulement édifier, mais donner vie à l’espace qui nous entoure et à nos relations sociales.

Il faut dépasser les deux exigences dont on se contente trop souvent : accessibilité aux forces de l’ordre et protection du domaine privé.

Dans bien des cas, l’aménagement existant consacre le flux de véhicules et ne laisse aucune place à l’arrêt et au partage des lieux. Il faut créer des surfaces accueillantes, où l’on peut se croiser à toute heure, ouvertes sur des places, parvis donnant accès à des services.

Nous encourageons la Ville à s’engager dans cette nouvelle voie urbanistique qui préserve un espace commun harmonieux pour les habitants.

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