Note sur les résultats des élections municipales à Rueil-Malmaison – Mars 2020 (1er tour)

Note sur les résultats des élections municipales à Rueil-Malmaison – Mars 2020 (1er tour)

Faits marquants

Rappel du contexte.

La Section PS de Rueil a décidé de faire partie intégrante d’une liste citoyenne d’union avec des partenaires de gauche (UCES) pour les Municipales 2020. Les cinq partis membres de l’Union Citoyenne Ecologiste et Solidaire — Verts, PS, PC, LFI, Générations — sont représentés en nombre égal dans les 5 premiers postes éligibles, avec un membre des Verts comme tête de liste et une militante PS en 2e place. Cette décision s’est faite dans le contexte d’une part, de la division du PS lors des primaires menant à son échec lors des élections présidentielles de 2017 et d’autre part, à l’affaiblissement souffert par la section du fait du décès de 3 élus municipaux et du départ de jeunes militants ainsi que de la diminution du nombre d’adhérents.

Un faible score de l’UCES au 1e tour des municipales 2020

Le score de l’UCES au 1e tour , 24,1% des suffrages, est clairement faible comparé aux résultats historiques des municipales à Rueil (données 1995-2014) : la gauche y a obtenu des scores de l’ordre de 24,2 %(2014) à 28,5 % (2001).

Quelques causes possibles

La faible participation ? (35,2% ou environ 20 points en dessous des % habituels — coronavirus). 

Ce facteur a été probablement défavorable au maire sortant PO/LR (du fait de la faible participation des personnes âgés), mais peut-être aussi à la gauche (faible participation des quartier plus défavorisés ?). A vérifier chiffres à l’appui.

La percée de la liste citoyenne « Un Rueil meilleur est possible» ?

Le 7,1% de suffrages obtenu par cette liste est un résultat très considérable : trois fois plus que celui de la liste non encarté présente en 2014 (2,5%, Animaliste, cas unique dans la période).

« Un Rueil Meilleur … » a clairement attiré des électeurs qui potentiellement aurait voté à gauche : additionné au vote de la gauche, son score ramène le « poids » du total de suffrages hors droite et centre à 28,4%, soit sa valeur « normale » historique (par rapport au poids de l’ensemble droite (D), + droite dissidente (DD) et centre (C) = 71,6% en 2020 – variant entre 71,5 et 74,1% dans la période).

Cette liste, menée par un journaliste et propriétaire-animateur du bar « Le passage » , relativement populaire parmi des jeunes, aurait réussi à attirer des populations à la recherche de formes d’expression « non encartées » ou ne se sentant pas répreséntées dans l’offre politique présentée. Pour certains, cette liste serait essentiellement protestataire, sans avancer des propositions. Cependant pratiquement inconnue et avec de faibles moyens, la présentation de son programme s’est révélée attirante: le titre est bien trouvé pour contrecarrer l’opinion assez généralisée de que tout va bien à Rueil et le style est plutôt sympathique.

Le vote des électeurs LRM/MODEM ?

N’ayant pas présenté une liste propre, il est difficile de savoir comment ont voté ces électeurs (34% aux présidentielles, 50,6% aux législatives 2017). Ils ont très probablement contribué fortement au bon score de la liste DD de F. Jeanmaire (22%). Cependant, ceci n’a pas suffit à compenser un score « médiocre » de PO (qui n’arrive pas au 50%). En outre l’ensemble de D+DD n’est pas « au top » (71,6 vs 73,8 % en 2014). Y- a-t-il eu d’anciens électeurs Modem ou PS ayant voté LRM qui se sont abstenu ou qui ont voté pour « Un Rueil meilleur… » ?

Le profil UCES vs profil du corps électorat ?

Certains pensent que le programme présenté par l’UCES serait idéologiquement en décalage par rapport aux attentes d’une partie de l’électorat votant à gauche (ou potentiellement pouvant le faire), notamment le cœur de la base électorale traditionnelle du PS à Rueil. Le programme UCES aurait d’une part, un profil trop peu social /trop ciblé écologiste (avec des propositions trop pointues et schématiques qui seraient en dehors des priorités de cet électorat) et d’autre part, trop connoté extrême gauche, laquelle est relativement peu représentée politiquement ou de manière intermittente, dans l’électorat rueillois. Malgré une participation régulière et responsable de ses militants, le poids du PS s’est vu quelques peu dilué dans le processus assez complexe utilisé pour rédiger le programme

La campagne, bonne ou mauvaise ?

Certains considèrent que la campagne a été bonne. Il faut reconnaître que elle a été innovatrice dans ses méthodes, notamment dans ses efforts pour consulter la population, amener des conférenciers extérieurs expérimentés avec un afflux considérable de public. Les volets traditionnels des campagnes électorales (affichage notamment) ont laissé beaucoup à désirer ainsi que son timing de lancement un peu tardif. Vincent Poizat a commencé à signaler, avec raison, des faiblesses, évoquant notamment celle de ne pas avoir assez touché de public en dehors de celui déjà conquis. Ceci me paraît assez vrai en ce qui concerne l’électorat PS ayant « abandonné » le parti lors de présidentielles 2017.

Un plafond de verre pour la gauche aux municipales ?

Durant de longues années, la gauche, le PS en particulier, a milité activement à Rueil et a obtenu des résultats « honorables », aux élections municipales sans jamais réussir à atteindre 30 % des suffrages (28,5%, le plus élevé, en 2001). Mais sa performance est bien meilleure dans d’autres élections: elle approche ou dépasse 43% au 2e tour de la Présidentielle Hollande et 40,4 % au législatives Rocheron en 2012 ; et 45% aux régionales de 2010, avec Huchon.

Les municipales représentent donc une élection clairement distincte pour les électeurs, dans la quelle certains électeurs « de gauche » voteraient pour le sortant de droite ou son dissident. La prime au maire sortant est un facteur très connu qui joue partout. Il faudrait voir si cet effet disparaitrait avec le ou la successeur de PO.

Peut on parler donc d’un plafond de verre pour la gauche aux municipales à Rueil ?

Quelles possibilités de développement futur ?

Lucila Jallade